Comme le disent parfois les directeurs d’Hollywood, certains acteurs ont un petit quelque chose en plus. Le “quelque chose” en question est une qualité intangibile, qui ne tient ni à l’aspect ni aux compétences, même si ces derniers sont plutôt utiles, mais à la seule présence à l’écran, ou la faculté inexplicable d’incarner l’esprit de la propre époque. Ce qui était particulièrement vrai pour Marcello Mastroianni (1924-1996), qui encore aujourd’hui reste l’ icône du mâle italien pour les spectateurs du monde entier.

Beau, entreprenant, ironique et sage de manière unique, sensible et un peu désespéré, il a incarné le visage de l’Italie durant son difficile passage d’un pays dévasté par la guerre à une apparente grande puissance économique et intellectuelle imbattable, jusqu’au guêpier désenchanté qu’elle est aujourd’hui, détruite par la corruption de sa classe dirigeante. Il a interprété les rôles principaux dans des films néoralistes, des comédies, des drames et des shows artistiques, et son sourire sournois a toujours conquis, toujours Mastroianni avant ses personnages.
On pourrait soutenir que la confusion entre l’homme et les rôles qu’il a interprété a été aussi bien la clé de son succès que son plus grand ennemi. Il était de notoriété publique que sa réputation d’archétype du “latin lover” par exemple l’agaçait, au point qu’il a recherché activement des rôles d’hommes désespérés, seuls ou même sans défense, mais cela n’a fait que renforcer son aura de sex symbol. Il en va de même pour sa prétendue paresse (un trait communément associé aux romains, bien qu’il n’était absolument pas paresseux) : peu importe combien il travaillait au théâtre, tous ses rôles semblaient renvoyer à l’image de l’archétype italien accomodant, indolent, et cela a suffit pour convaincre les gens.

Mastroianni a égalemment été, bien entendu, le protagoniste des films de Fellini, qui ont fait tomber amoureux de l’Italie le monde entier: La dolce vita, mais aussi 8 ½, Intervista et d’autres titres comme Ginger& Fred et La città delle donne, dans lequel il devint l’alter ego adoré du réalisateur. Cette collaboration a profité à tous les deux, comme l’a fait le cinéma italien en général, faisant de l’ombre à d’autres films pas moins importants par rapport à ceux cités ci-dessus. Encore aujourd’hui regarder des films de Marcello Mastroianni reste une excellente façon de comprendre vraiment l’évolution de la société italienne, comme le démontre sa pérenne notoriété comme icône italienne.

