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Pinocchio

Le livre italien le plus traduit, publié en plus de 240 langues différentes, est bien le conte de Pinocchio, la marionnette vivante. Toutefois, la majeure partie des gens associe immédiatement ce nom au film de Walt Disney, ou pour ceux d’origine plus “orientale”, à la “revisitation” écrite de rien de moins que Tolstoj. Néanmoins aucune des ces deux versions n’est vraiment fidèle au livre original, écrit en 1881 par carlo Lorenzini, mieux connu sous le nom de “Collodi”, qui est en réalité le nom du village où il a vécu en Toscane.

Collodit écrivit  la Storia di un Burattino (Histoire d’une Marionnette) pour le supplément réservé aux enfants d’un journal local, sous forme de “feuilleton”, autrement dit un roman à épisodes. Le fait même que le titre original décrive le protagoniste de la mauvaise manière, Pinocchio est techniquement une marionette, étant donné que les burattini sont traditionnellement les marionnettes au buste fait de tissu et là a tête faite de bois et qu’on enfile comme des gants, la dit longue sur la considération que l’auteur avait pour l’histoire.

En effet, il est de notoriété publique qu’il l’écrivit pour payer les factures.

L’auteur avait tellement peu d’intérêt pour Pinocchio qu’il chercha à le tuer le plus rapidement possible. Le livre original se terminait en effet bien plus tôt, le protagoniste pendu par le cou.

La fin heureuse que nous connaissons a été ajoutée seulement après que les lecteurs aient vivement protesté, ne pouvant supporter l’idée de voir leur héros finir de cette façon.

Pour comprendre cette étrange situation il est nécessaire de comprendre les caractéristiques de la littérature pour enfant de l’époque. Les histoires pour enfants n’étaient pas toutes douces et rassurantes comme elles le sont aujourd’hui, elles constituaient en effet plus des récits “préventifs” pour enseigner aux jeunes les dangers de la vie. C’était bel et bien des histoires d’horreur “éducatives” dont le message principal  était de se conformer, de bien se comporter et de faire profil bas pour survivre.

Pinocchio suit la même logique. Chapitre après chapitre, le protagoniste “méchant” se retrouve entouré, de monstres, de violence, de mort et d’un tas d’autres maux contre lesquels même la magie, incarnée par la Fée Bleue (la Fata Turchina) ne peut le protéger. Le seul problème c’est que Collodi détestait le message qu’il devait transmettre et pour lequel il était payé. En regardant de plus près l’histoire, on remarque facilement un message destiné aux adultes: les autorités et les personnes “comme il faut” ont l’air dérangées, alors que le méchant rusé est l’unique personnage crédible du livre.

C’est justement ce qui a conquis le coeur des lecteurs, et ce qui a été repris lors des adaptations suivantes. En outre, c’est cette caractéristique qui a fait que le livre à l’origine avait été étiqueté  comme subversif et par conséquent banni de la majeure partie des maisons bourgeoises, étant donné qu’il était considéré inapproprié pour les enfants.

La nature rebelle de Pinocchio a cependant réussi à faire mouche. Au final Collodi a ajouté un heureux dénouement et le personnage est devenu non seulement un symbole de la jeunesse insouciante et de l’importance d’une éducation éthique, mais aussi la source d’innombrables métaphores et proverbes dans le monde entier. Il est toutefois dommage qu’il faille fouiller dans les vieilles éditions originales ou se procurer une traduction correcte pour connaître l’histoire originale.

Une autre alternative est de visiter directement Collodi, le village, et se promener dans le suggestif “Parco di Pinocchio”, rempli de statues et de monuments qui racontent l’histoire originale. Ou naturellement, vous pouvez choisir une certains nombres de réadaptations et les combiner entre elles jusqu’à obtenir l’histoire qui vous convient le plus, certaines par exemple représentent Pinocchio comme une allégorie du Christ, sans parler des animations japonaises, des versions science-fiction, des ballets, des comédies musicales, des bandes-dessinées et ainsi de suite. Notre suggestion? L’album de 1977 de Edoardo Bennato, Burattino senza fili (Marionnette sans fils): il s’agit d’un chef d’oeuvre rock incluant de nombreux intermèdes baroques et d’opéra, parmi lesquels, bien entendu Il Gatto e la Volpe (Le chat et le Renard).

 

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